La burqa: sa signification véritable

Beaucoup de non dits et de méconnaissance du sujet entourent la question épineuse de la burqa.

Il n’est pas sans intérêt de revenir sur le double symbole qu’elle représente : soumission à Dieu et, en Occident tout au moins, affirmation d’une différence irréductible avec l’ordre établi :

– Soumission d’abord, puisqu’il faut rappeler encore et encore que le terme même de musulman signifie soumis à Dieu et à la loi du prophète. Tout est bon pour manifester cette obédience, même une extrapolation des textes puisque ni le Coran, ni les « hadiths » (dits du prophète Mahomet) ne régissent la question. Rappelons que le voile ordinaire lui-même relève plus de l’ordre coutumier que de l’ordre doctrinal et qu’il avait été largement abandonné dans les années cinquante et soixante.

Dans le cas de la burqa en tout cas, la femme se retranche du monde pour mieux marquer sa soumission à Allah. Bien entendu, l’homme musulman, héritier d’une civilisation patriarcale et polygame, se satisfait, dans le cas des intégristes, d’un voile intégral sensé cacher complètement les appâts dangereusement tentateurs de sa femme.

Il est plus surprenant de voir celle-ci entrer dans le jeu, surtout lorsqu’elle habite un pays comme le nôtre, mais c’est faire bon marché du poids de l’autorité masculine et du refus symbolique des valeurs de notre civilisation que représente la burqa, refus parfois tentant de la part de populations trop souvent mal à l’aise, et donc mal intégrées, dans un monde dont l’origine gréco-latine mâtinée de christianisme leur est étrangère.

– Manifestation de refus donc puisque le port du voile intégral est une façon de nier la société française telle qu’elle existe et de manifester un rejet radical du processus d’intégration, incompréhensible pour beaucoup et insupportable pour les fondamentalistes parce qu’incompatible avec l’islam.

 Il faut en effet le rappeler inlassablement, l’islam est à la fois, religion et civilisation, la loi religieuse régentant aussi bien le domaine spirituel que le domaine civil et la liberté au sens où nous l’entendons, héritée de l’esprit grec, étant aux antipodes de la conception musulmane de la vie où l’esprit critique, le goût de la nouveauté et de l’innovation sont considérées avec méfiance.

Or évolution dans ce domaine signifie très vite trahison, puisque le consensus qui régit l’islam sunnite est d’ordre révélé, même s’il s’agit au départ d’une législation établie à partir de textes parfois contradictoires :

voir sur ce point la rubrique « l’islam » de ce site et ma « Lettre à un ami musulman ».

Face à cette double affirmation, la société française, si elle veut demeurer elle-même, ne peut rester sans réagir. L’être humain dans notre conception occidentale avance dans la vie à visage découvert, affrontant les incertitudes et les hasards de l’existence sans protection autre que celle de la loi civile. Certes, il est difficile de faire face à notre monde : cruel, injuste et mercantile, certes il est tentant de se replier derrière un communautarisme rassurant et une croyance en un Dieu englobant, chargé de répondre par avance à toutes les questions. Mais être adulte signifie accepter les contradictions en soi et autour de soi, avancer dans la vie sans voile, pour jouer volontairement sur les mots. Et être croyant ne signifie plus aujourd’hui être soumis, mais bien être témoin d’une exigence, témoigner de Dieu non pas par une obédience servile, mais par une conduite à la hauteur de la noble idée que nous pouvons nous faire de l’idéal spirituel.