Les phraseurs

Faire court ou faire long, là est la question… réflexions sur les formats de la parole politique pendant cette période de crise.

Il y a ceux qui comme Clemenceau et ses célèbres formules : « On les aura » ou « il est plus facile de faire la guerre que la paix », ont un ton naturellement martial. Il y a les ordres du jour de Napoléon : « De ces pyramides, cinquante siècles vous contemplent » ou « Un chef n’est rien sans ses hommes ». Ceux-là pensent que la force d’une idée est d’autant plus grande qu’elle est exprimée brièvement. Plus récemment, on peut citer aussi le général de Gaulle disant « la France a perdu une bataille, mais elle n’a pas perdu la guerre ». Ce genre de phrases créé un choc et c’est pour cela qu’elles frappent ; c’est aussi pour cela que la postérité les retient…

Il me semble que s’agissant des hommes qui ont laissé un nom à l’histoire, on trouve presque toujours des êtres qui n’ont pas besoin de beaucoup de mots pour dire l’essentiel. Pensons aussi à Churchill résumant sa pensée dans sa célèbre déclaration à la chambre des Communes après les accords de Munich : « Vous avez eu à choisir entre la guerre et le déshonneur, vous avez choisi le déshonneur et vous aurez la guerre ».

Bref et c’est le cas de le dire, la grandeur apprécie les symboles et aime la brièveté. La discrète croix de Lorraine voisine avec les modestes deux étoiles d’un grand chef qui se confiant à André Malraux ajoute « Les choses capitales qui ont été dites à l’humanité ont toujours été des choses simples. » …

Il me semble qu’avec ces formules tout est dit sans qu’il soit besoin de répéter vingt fois que « nous sommes en guerre » ce qui est à la fois excessif et inutile, ou de revenir sans cesse aux difficultés du moment que tout le monde a dans les tripes.

On l’a compris : s’il est un conseil à donner à ceux que guette le verbiage, c’est d’aller à l’essentiel en quelques mots, ce qu’a bien su faire la reine d’Angleterre malgré ses quatre-vingt-treize ans. Notre époque est celle du bavardage, pour ne pas dire de la parlotte. Pourtant les Français aiment le langage viril, car c’est le fond de leur caractère. La télévision, trop souvent bavarde, la répétition sans fin des mêmes idées fatigue. On écoute les dix premières phrases, puis on baisse le ton et enfin, on éteint le poste.

Il convient de choisir sa cible. Si l’on est devant un parterre de penseurs ou de philosophes, l’on peut se permettre d’être disert, mais lorsque l’on s’adresse à un peuple et plus encore à un peuple indiscipliné par nature, il vaut mieux s’interrompre à temps si l’on ne veut pas perdre la face.

Et, pour revenir à Clemenceau :

« Les journalistes ne doivent pas oublier qu’une phrase se compose d’un sujet, d’un verbe et d’un complément. Ceux qui voudront user d’un adjectif passeront me voir dans mon bureau. Ceux qui emploieront un adverbe seront foutus à la porte. »

Il est curieux de constater que dans cette triste affaire du coronavirus, c’est le contraire qui semble avoir été fait : longues explications de texte, discours fumeux, rencontres aussi nombreuses qu’inutiles.

Ah, j’oubliais une chose : les grands hommes aiment le secret, ce qui leur permet de garder toujours quelques armes au feu. À trop dire, le chef se prive de tout ce qu’il aurait pu dire, ou de ce qu’il dira le jour venu lorsque les circonstances auront changé. Il n’est jamais bon d’abattre toutes ses cartes d’un coup…

Nous y sommes. Et comme dit la sagesse populaire, le reste n’est que littérature.